Pierre de Bourgogne, 71 x 33 x 19 cm, 2018
Moulage en faïence déposé sur la plage de Saint-Malo le 1 Février 2019.
Le projet sépion est le résultat d’un travail mené en collaboration avec une entreprise spécialisée dans la taille de pierre et dotée d’un robot d’usinage. Les stries laissées par le robot lorsqu’il creuse la matière, m’ont inspiré pour la réalisation de cette sculpture. Cette facture particulière m’a fait penser à la stratification de certains éléments naturels. L’idée m’est venue lorsque au bord de mer j’observais un os de seiche et remarquai sa structure en mille feuilles. J’ai choisi de mettre en avant l’esthétique de ces couches successives, qu’elles soient artificielles ou non. J’ai alors réalisé la maquette d’un os de seiche agrandi, pour ensuite la scanner et la modéliser. De cette façon les stries sont générées par le programme robotique lorsqu’il taille la pierre et tapissent l’ensemble de la forme obtenue.
En tant que sculpteur, j’ai souhaité questionner le rapport que l’on peut avoir en travaillant avec un programme robotique. Je ne voulais pas obtenir une forme finalisée, produite uniquement par une machine. J’ai donc pensé à une forme qui puisse en engendrer une autre. La pièce réalisée par le robot est en réalité un moule qui contient le négatif de ma maquette. En détournant les possibilités de reproduction qu’offre le robot, j’obtiens une œuvre-outil. Une sculpture fonctionnelle qui a pour seule finalité de réaliser un tirage en faïence que j’abandonne sur une plage. Cette boucle dissocie le concept de productivité de celui du rendement. Ainsi, des gestes primaires, des matières naturelles et des savoir-faire ancestraux côtoient l’efficacité de nos techniques avancées.  Le projet suit donc un schéma où le déplacement vers l’avant se fait en regardant en arrière et laisse place à des conceptions plus sensibles et symboliques. La forme de l’os de seiche se donne à voir au travers de son absence et nous évoque un paysage ou un fossile. Par cet aspect numérique et archéologique, la forme devient une sorte de «fossile du futur» ce qui concilie des temporalités qui semblent éloignés, tout en nous interrogeant sur sa véritable nature.